Une année, un match : 2004

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En ces temps compliqués, retour sur ces matchs qui ont fait l’histoire du DFCO. Aujourd’hui, Dijon FCO – Romorantin en 2004 (National)

Nous sommes le 14 mai 2004, une belle journée ensoleillée de printemps comme il est de coutume à Dijon en cette période. Mais aujourd’hui, c’est un jour très particulier pour moi. Car ce soir, il y a un événement spécial. Cela fait des jours qu’on en parle dans la cour du collège, et qu’on taquine gentiment notre professeur d’EPS avec ça. Ce soir, le DFCO peut accéder à la Ligue 2 en battant son concurrent direct qui est le club de Romorantin en National et de fait, c’est l’effervescence en ville. Surtout depuis l’épopée en Coupe de France de cette fabuleuse équipe, qui s’est hélas achevée il y a un peu plus de 2 semaines à Châteauroux en demi-finale à l’issue d’un match raté (2-0). Aujourd’hui, l’Histoire peut s’écrire sous nos yeux et à jamais.

Depuis 1991 et la relégation du Cercle Dijon, un des ancêtres du DFCO, le football professionnel a disparu de la ville. Hormis quelques adversaires prestigieux en CDF (le Monaco de Barthez, Henry ou encore Trézéguet, le SC Bastia alors en D1), c’est le néant total et difficile d’exister face aux mastodontes que représentent l’AJ Auxerre et le FC Gueugnon (à moindre mesure tout de même). Le premier cité a pour lui sa brillante jeunesse (Cissé, Mexès, Boumsong, Kapo) et titille régulièrement le haut du panier en Ligue 1, le second plafonne en Ligue 2 mais a réussi l’exploit de gagner la Coupe de la Ligue en 2000 contre le PSG et ainsi de jouer la Coupe UEFA. A côté, le petit DFCO est vraiment… Petit. Le stade Gaston Gérard sonne assez creux, l’équipe sur le papier ne fait pas rêver et les adversaires rencontrés… Avec tout le respect que l’on peut avoir pour Raon l’Étape ou Angoulême, on a connu mieux.

Mais ce soir, tout peut changer. Ce soir, on va peut-être enfin changer de dimension. C’est ce soir ou jamais.

Gaston Gérard plein à craquer… Et même au-delà

Plus jeune, j’ai eu la chance d’aller voir des matchs du Dijon FC au stade de la Fontaine d’Ouche avec mon père et ma mère. Les couleurs rouge et jaune, un stade dans un quartier populaire et particulièrement mon quartier, une buvette exceptionnelle.

Le panneau d’affichage du Dijon FC est toujours présent au stade (au fond). Une relique d’un ancien temps.

Mais depuis la disparition tragique de mon père et la fusion du Cercle et du DFC, l’opportunité d’aller voir le nouveau DFCO s’est fait rare et c’est depuis 2003 que je fréquente plus assidûment le stade Gaston Gérard. Tout ça grâce un homme, Stéphane Jobard. Je viens de rentrer au collège Gaston Bachelard et c’est devenu mon prof d’EPS ainsi que mon coach dans les A.S de l’établissement. Du coup, on peut facilement récupérer des invitations et assister aux matchs ce qui est fort sympathique. Le stade n’est pas plein du tout, le niveau de jeu n’est pas le même que celui de la L1 mais on s’amuse bien. D’ailleurs, mon prof préféré a souvent dû s’absenter cette saison mais pour un bon motif. Le DFCO a fait un parcours exceptionnel en Coupe de France, et on a pu voir Lens (L1), Saint-Etienne (L2) et Reims (N) tomber à la maison ainsi que des images de Dijon dans Téléfoot le dimanche matin suite aux exploits répétés. Du jamais vu dans l’histoire.

Le Virage Sud. Le vrai, l’unique.

Ce soir-là, nous sommes partis vers GG le cœur plein d’espoir. Déjà à l’approche du stade, énormément de difficultés pour se garer. Ma mère commence à paniquer et me dit qu’on ne pourra peut-être pas entrer dans le stade car plus aucune place ne sera disponible. Mais impossible n’est pas dijonnais, l’entrée en Virage Sud n’est pas surveillée. Volonté du club ou pas, on en profite comme tout le monde pour pénétrer dans l’enceinte gratuitement. On est loin du terrain, il y a des grilles tout autour de la tribune mais on y est. Le stade est chauffé à blanc et tout le monde s’entasse comme il le peut. Le décompte officiel donne 8000 spectateurs mais nous sommes sans aucun doute beaucoup plus. Les joueurs terminent leur échauffement, retournent au vestiaire. Tout le monde n’attend plus qu’une chose : le coup d’envoi. Quelques minutes plus tard, les joueurs reviennent pour le protocole d’avant-match et le stade se met alors à rugir. C’est alors parti pour 90 minutes de folie.

On y est !

30 secondes de visibilité sur l’Equipe TV. Un exploit en 2004

Ça y est, c’est parti, Tony Chapron vient de donner le coup de sifflet signifiant le début du match. Le match vient de commencer et chaque joueur de Romorantin a le droit à sa salve de sifflets dès qu’il touche le ballon. A l’inverse, chaque poussée dijonnaise est encouragée par le public qui a le même état d’esprit que l’équipe sur le terrain : déterminé. Tous, de François Masson à Sébastien Heitzmann (meilleur buteur du championnat avec 22 buts) en passant par Moké Kajima, ont le pied sur l’accélérateur pour en finir. Et c’est le premier d’entre eux, François Masson, qui ouvre le compteur dijonnais en reprenant un centre à bout portant. 41ème minute, Gaston Gérard hurle sa joie une première fois très fort. En tribune, les gens commencent à prendre conscience que le rêve s’accomplit. Mais attention à Romorantin, qui n’est pas 4ème pour rien. La mi-temps arrive et tout se calme, comme par magie. L’espace de 15 minutes seulement car la seconde période va alors débuter. Et à la 49ème minute, tout bascule. Sur un corner admirablement bien frappé par Masson, l’enfant du club va libérer tout le monde. Stéphane Jobard marque d’un coup de tête surpuissant. Mon prof d’EPS que j’admire tant, qui a tout connu à Dijon, le symbole même du DFCO. Un milieu défensif besogneux, pas le plus doué mais avec une aura et une âme de capitaine que très peu de joueurs possèdent. Et surtout un homme remarquable. Je ne l’aperçois que de loin, l’action se passant de l’autre côté du terrain, mais cela n’entame ni ma joie ni celles de mes voisins qui s’embrassent tous sans vraiment se connaître.

Une célébration avec Abasse Ba à jamais gravée dans nos têtes et dans nos cœurs (Crédit : lebienpublic.com)

Cependant, en face, ça ne baisse pas les bras. Romorantin réduit le score rapidement par Coulibaly (53ème minute) et tout devient plus tendu. On se crispe dans les tribunes, le match devient une guerre de tranchées. Ma mère est au bord de la crise de nerfs, pratiquement aux larmes. Et finalement, la 77ème minute arrive. Sur un coup franc côté droit, Sébastien Larcier inscrit un nouveau but de la tête et scelle le score à 3-1. Je me souviens juste d’une explosion autour de moi, un bruit unique en son genre. Un vrombissement, un cri du cœur sorti par plusieurs milliers de personnes au même moment. Une sensation jamais vécue, même lors des victoires de la France en 1998 et 2000. Cette fois-ci, c’est la bonne. Romorantin rend définitivement les armes, et tout un stade attend simplement que M. Chapron ne siffle la fin du match. 3 coups de sifflet plus tard, c’est fini. « On y est ! » s’exclame Rudi Garcia. Dans le Virage, nombreuses sont les personnes à escalader les grilles pour fêter ça sur la pelouse. Le DFCO est en Ligue 2, 6 ans après sa création. Tour d’honneur des joueurs, communion avec le public, douche forcée avec le Maire et le président Gnecchi dans les vestiaires, tout devient folie dans une soirée qui l’est elle-même.

Ma mère me cherche, inquiète de ma disparition au milieu de la foule. Quand elle me voit, elle me prend par le bras pour rentrer à la maison et éviter les bouchons en sacrifiant les célébrations d’après-match. Sur la route, des fumigènes sont craqués par d’autres voitures, les klaxons retentissent de plus belle dans la ville. Ce 14 mai 2004, le DFCO m’a définitivement marqué de son empreinte dans mon cœur, dans ma chair et dans mon sang. J’avais 12 ans et ce jour-là, comme de nombreuses personnes, je suis devenu dijonnais à jamais. Merci à vous les gars.

Les 3 buts dijonnais et la folie d’après-match. Inoubliable. (Crédit : dfco.fr)

Aurel

Salut, oui c'est moi.

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