Le gardien nº2

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Samedi 8 février 2020, mi-temps de DFCO-Nantes. Alfred Gomis rentre difficilement au vestiaire, victime d’une rupture du ligament postérieur au genou droit. Coup dur pour lui, mais aussi pour Dijon qui perd son titulaire indiscutable et aussi un gardien top 5 du championnat cette saison. C’est donc Alex Rúnarsson qui va prendre sa place, après avoir été mis sur le banc et poussé vers le départ sans succès cet hiver. Dans une période critique, l’islandais sera-t-il au niveau ?

Il n’avait pratiquement pas joué jusqu’alors cette saison, et le voici aujourd’hui propulsé titulaire par la force des choses. Alex Rúnarsson fait son grand retour dans les buts dijonnais, après une première saison d’acclimatation loin d’avoir été évidente pour lui. Recruté au FC Nordsjaelland (Danemark) à l’été 2018 pour assurer la difficile succession de Baptiste Reynet, l’islandais a connu nombre de mésaventures durant toute la saison. Présenté comme prometteur et remplaçant de l’indéboulonnable Hannes Halldórsson en sélection, il rentre d’une campagne en Coupe du Monde historique pour la petite nation du nord de l’Europe, s’apprête à découvrir pour la première fois un championnat européen majeur dans une équipe qui sort d’une saison alléchante et qui commence à montrer quelques ambitions.

Cependant, si le DFCO vit un rêve éveillé en tout début de saison, il va rapidement sombrer en enfer. Enchaînant défaite sur défaite, le club dijonnais vit un calvaire sur de nombreux points. Et sur le terrain, une chose est frappante : la défense est moisie, pour rester poli. Et son gardien de but ? Il n’est pas plus rassurant. Manque d’autorité, de communication, pas forcément décisif, il ne transpire pas la sérénité qu’un gardien doit dégager et faire ressentir à ses partenaires. Plusieurs raisons à cela :

La langue. Pour un gardien de but, il est primordial de savoir diriger sa défense par la parole. Or, même s’il a réussi à apprendre la langue de Molière finalement assez rapidement, cela peut expliquer de nombreuses mésententes en début de saison. Savoir crier « Laisse », « J’ai », « Coupe », c’est la base de la base obligatoire. Donner des indications précises à ces coéquipiers, c’est déjà à un tout autre niveau mais tout aussi obligatoire. Et forcément, au début, c’est très compliqué…

Sa jeunesse. Quand il est arrivé à Dijon, Rúnarsson avait 23 ans. Pour un gardien, c’est relativement jeune même si l’on assiste de plus en plus
à des records de précocité à ce poste (avec plus ou moins de succès). Avec de vieux grognards devant lui qui en ont beaucoup connu, son manque d’autorité naturelle est rapidement apparu au grand jour et ceux-ci ne lui ont pas forcément fait confiance à plus d’une reprise. Au détriment de l’équipe, et de lui-même…

L’étranger. Il ne faut pas oublier non plus qu’il vivait là sa première expérience professionnelle mais aussi sa première expérience de vie loin des pays nordiques auxquels il est habitué. Un changement radical qu’il fallait digérer, surtout dans un pays comme la France où la culture et la manière de vivre est bien différente de celle du Danemark où il était basé depuis longtemps.

Du coup, alors que l’on est encore dans la phase aller du championnat, Olivier Dall’Oglio décide de le protéger mais aussi de le mettre au défi en sortant Bobby Allain du banc. Et malheureusement pour le petit Alex, celui-ci va se mettre en évidence en excellant là où lui pêche. Même si les résultats collectifs ne s’améliorent pas de manière significative suite au changement de portier, on a de suite eu un sentiment de sécurité plus important derrière. Et ça, ça ne trompe pas…

Rúnarsson reviendra en tant que titulaire sur la fin de saison, après une boulette d’Allain contre Guingamp qui coûtera la défaite dans un match terriblement décisif. Il fera le travail de manière correcte mais loupera une nouvelle fois le coche, en se blessant lors de l’échauffement avant le match retour des barrages contre Lens et laissant à Bobby le soin d’assurer tranquillement dans les buts pour sa dernière à Dijon…

On a tous des photos dossiers à cacher. Pas de bol pour lui, celle-ci est publique

2019/2020, le couac mais aussi l’opportunité d’une vie

Nouvelle saison, nouvel entraîneur et donc nouvel espoir. A peine débarqué sur le banc dijonnais, Stéphane Jobard confirme rapidement Alex en tant que gardien nº1 en préparation d’avant-saison, on se dit que son moment va bien finir par arriver et que son éclosion n’en sera que plus belle. Mais, car il y a toujours un mais, le club cherche rapidement un second gardien pour compléter l’effectif. Pas confiance en Ntumba et Haftout pour seconder Rúnar ? Un titulaire qui arrive pour lui prendre sa place ? Après moult rumeurs, c’est Alfred Gomis en provenance de la SPAL (Italie) avec le statut de nº1 bis. Pour information, voir arriver un « nº1 bis » chez les gardiens, c’est comme si tu voyais un nouveau collègue débarquer avec les mêmes compétences que toi au boulot. Tu sais bien qu’à la première chose qui n’ira pas, il prendra ta place et te reléguera au second plan sans que tu puisses dire quoi que ce soit.

Et devinez ce qu’il s’est passé ? Et bien… Oui. Après un début de saison cataclysmique (4 défaites en 4 matchs) et une assurance quasi-inexistante alors qu’Alex a affirmé dans la presse locale que l’adversité l’aide à être meilleur, Joby décide de titulariser Alfred Gomis à sa place. Pas besoin de détailler plus que ça, vous êtes invité à cliquer sur la vidéo juste en-dessous et vous comprendrez.

Pénible pour les adversaires de jouer contre une muraille

Le plus logiquement du monde, Rúnarsson a de nouveau perdu sa place dans les bois et on se contente alors de le voir scotché sur le banc dijonnais. Annoncé sur le départ lors du mercato hivernal, aucun club ne fera le pari de le prendre et il s’attend à devoir se morfondre 6 mois de plus dans un club qui ne compte plus vraiment sur lui. Jusqu’à cette soirée de février, qui lui offre une chance unique de prouver sa valeur. A lui de la saisir désormais.

Un flow impeccable balle en main

Etre gardien nº2, ce n’est pas permis à tout le monde

Une question subsiste : à quel niveau Alex va-t-il être ? Cette expérience de second dans la hiérarchie lui-a-elle été bénéfique ou au contraire, l’a-t-elle inhibée pour de bon ? Car être deuxième gardien, c’est un monde et un rôle à part. Il est de coutume de laisser ça par exemple à un jeune gardien en devenir dans l’ombre d’un titulaire indiscutable afin qu’il puisse parfaire sa formation, ou bien à un vieux briscard cherchant à jouer de temps en temps dans un club compétitif tout en aidant le titulaire (jeune ou dans la force de l’âge) à progresser. Il y a également eu cette mode récente des gros clubs qui avaient 2 gardiens de niveau international (et souvent équivalents) dans l’effectif, une situation qui peut être frustrante pour les deux joueurs et qui a tendance à faire déjouer tout le monde (le Real Madrid avec Keylor Navas et Thibaut Courtois la saison dernière est un exemple parfait).

Mais ici, nous parlons d’un cas de rétrogradation pur et simple. Être confirmé numéro 1 et se faire prendre sa place à peine 2 mois plus tard par un petit nouveau qui débarque tout juste au club, cela fait très mal peu importe le niveau où l’on joue. C’est ni plus ni moins une remise en cause, une mise à pied ou un signal pour te faire comprendre qu’il est temps d’aller voir ailleurs. Déjà pas bien aidé par des résultats très peu reluisants, c’est un nouveau coup de massue pour celui qui est (était ?) destiné à devenir le nouveau titulaire en sélection islandaise. D’autant plus que lors du dernier mercato, personne ne s’est vraiment bousculé au portillon pour le sortir de cette situation.

Avec la blessure de Gomis, il a l’opportunité de montrer qu’il est digne d’être un gardien titulaire dans un club d’élite et pas seulement celui qui sert de sparring-partner à l’entraînement ou à l’échauffement d’avant-match. Cette blessure de son concurrent, c’est la chance de sa jeune carrière. Soit Rúnarsson en profite pour se montrer au niveau et ainsi se relancer pour l’avenir, soit il ne la saisit pas auquel cas il peut dire au revoir à beaucoup de choses. Car autant la frontière pour passer de gardien titulaire à gardien remplaçant est facile à franchir, autant celle pour repasser de remplaçant à titulaire est immensément difficile à traverser. Et à seulement 24 ans, il serait stupide de louper sa carrière.

Alex, si tu lis ces lignes (je ne sais pas pourquoi ni comment mais on ne sait jamais), lâche le fauve en toi. Nous autres, gardiens de but, on a tous une bête dans le ventre qui ne demande qu’à rugir sur le terrain. Alors vas-y, fais-la rugir et lâche tout. Impose toi sur le terrain, montre qui est le patron dans la surface, fais-toi respecter par tes coéquipiers et sois toi-même. Car le DFCO ne pourra obtenir son maintien qu’avec un dernier rempart en pleine possession de ses moyens et c’est sur toi que tout le monde compte désormais.

Pour conclure, vous et moi supporters, soyons unis derrière lui. Certes, ses premiers pas ne furent pas des plus convaincants (9 buts encaissés en 2,5 matchs joués dont 6 contre le PSG) mais il ne faut pas oublier qu’il sort de 5 mois d’inactivité pratiquement totale. Et il suffit d’un match référence pour que tout se débloque, surtout à ce poste. Ayons foi en lui, il a encore tout à prouver. A lui-même, au DFCO, à ces détracteurs. Et comme on dit sur sa terre d’origine :  » C’est dans le feu que le fer doit rougir. »

« Mon petit Alex, c’est le moment ou jamais pour toi là. Sinon, j’appelle l’auteur de ce papier pour qu’il puisse prendre ta place. Il était bon au collège dans mon équipe UNSS »

Aurel

Salut, oui c'est moi.

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