A toi Naïm Sliti, je dis hourra

Partager l'article

Il était une fois l’histoire d’un petit bonhomme d’un mètre soixante-treize, arrivé dans la capitale des Ducs le 25 juillet 2017, en provenance de Lille. Initialement prêté pendant une saison, il en restera une de plus grâce à une option d’achat ridicule de 2M€ incluse dans le contrat avec le LOSC. Ce petit bonhomme est né le 27 juillet 1992 à Marseille, une des rares villes de France où le football fait partie intégrante de la culture grâce à l’OM. Bien évidemment, il tombera dedans comme l’écrasante majorité et ira tout d’abord faire ses classes du côté d’Aubagne. Rapidement repéré par le grand club local, l’Olympique de Marseille, il en intégrera les effectifs de 2004 à 2007, un rêve pour tous les gamins du coin. Malheureusement, la formation des jeunes n’étant clairement pas la priorité du club, il ira rapidement s’exiler dans les Ardennes du côté de Sedan pour poursuivre son rêve de footballeur professionnel. De 2007 à 2013, il va y grimper progressivement les échelons jusqu’au point de faire sa place en équipe pro. Il a réussi et atteint son rêve, devenir joueur de football professionnel.

Son premier grand match sous les couleurs du DFCO

Ensuite, il va partir au Paris FC en National pour une saison, y jouant seulement 4 matchs. Il traversera alors le périphérique parisien pour se rendre au Red Star et s’y révéler définitivement. Une première saison pleine en National avec 28 matchs joués, 8 buts inscrits et en prime le titre en fin de saison avec son club. L’année suivante, il remet ça cette fois en Ligue 2. 36 matchs joués, 4 buts marqués et une place sous les projecteurs avec cette nomination dans la catégorie « Meilleur joueur de L2 » et sa place dans l’équipe-type du championnat. Rien n’arrête sa progression, et le LOSC décidera alors de lui faire confiance pour renforcer un secteur offensif en berne dans le nord. Hélas, la saison ne se passe très bien et il disputera que 16 matchs en Ligue 1. Par la suite, Marcelo Bielsa ne comptera sur lui et il se retrouve donc sur le marché des transferts. C’est donc le DFCO qui rafle la mise et obtient son prêt assorti d’une option d’achat de 2M€ en cas de maintien. Le club ne le sait pas encore, mais il vient d’attraper l’un des meilleurs joueurs de sa jeune histoire.

Ses dribbles chaloupés, son tempérament de gagnant, ses gestes techniques qui ont fait se lever Gaston Gérard à maintes reprises. Ce qu’il y accomplira n’avait jamais été vu à Dijon. Quand il prenait la balle, un frisson parcourait les supporters dijonnais. Quel miracle allait-il réaliser, comment va-t-il se sortir de telle situation, que va-t-il pouvoir faire pour que la rencontre bascule du bon côté ? Chaque touche de balle est l’occasion de voir un artiste, un de ceux pour qui les gens payent leur billet en sachant pertinemment qu’il va se passer quelque chose. En 2017/2018, il va accomplir sa saison la plus aboutie à l’image de l’équipe, qui finira 5ème meilleure attaque de Ligue 1. Il va surtout entrer dans une nouvelle dimension, celles des joueurs craints en face et dont le nom est surligné en rouge sur tous les rapports de scouts. Tout d’abord, il réalisera une première prestation extraordinaire à Lyon. Un pénalty plein de sang-froid, une passe décisive et des reins lyonnais qui cherchent encore leurs propriétaires. La suite de la saison sera aussi belle, avec un autre grande prestation toujours contre Lyon au match retour où il a pratiquement ramené Dijon au score à lui seul. Bilan comptable en Ligue 1 ? 31 matchs, 7 buts, 6 passes décisives. Pas mal du tout pour une première.

Sa masterclass contre Saint-Etienne. Juste inoubliable (🎞️ Le Dijon Show x Thomas Jobard)

Cependant, la saison suivante ne sera pas du tout du même acabit d’un point de vue collectif. S’il reste l’élément perturbateur nº1 des défenses adverses, la faillite collective de l’équipe ne lui permet plus de briller autant que lors de sa première saison sous le maillot rouge. Toutefois, il va réaliser une prestation individuelle tout simplement divine contre Saint-Etienne en Coupe de France. 3 buts et 3 passes décisives, une victoire 3-6 sur le terrain des Verts et un message d’espoir venu de la torpeur pour rappeler que rien n’est fini. D’ailleurs, sa fin de saison est là pour le prouver. Dans un scénario abracadabrantesque lors de la dernière journée, il sort du banc à la mi-temps. Et qui va alors remettre l’équipe en ordre de bataille, montrant l’exemple en inscrivant le but de l’égalisation après un numéro incroyable ? Lui, encore et toujours lui. Et dire que le meilleur était à venir.

Match retour des barrages. Après avoir arraché le nul à Bollaert (1-1), le DFCO n’a plus qu’à finir le travail contre Lens à GG pour vivre une quatrième saison de suite en Ligue 1. Et là, pour son ultime bataille dans son stade, il sera rayonnant. Il marque tout d’abord le premier but après une succession de crochets dévastateurs pour les pauvres lensois. Il va ensuite faire un travail de l’ombre magnifique et se sacrifier pour garder le maigre avantage obtenu. Malgré l’égalisation de Lens, Dijon va repasser devant grâce un but du joueur portant alors le 9. Dès lors, chaque ballon touché par Naïm sera une pierre précieuse mise au coffre. Conservation du ballon, orientation du jeu et fluidification de la circulation, il sort sa plus belle palette avant de donner un dernier coup de pinceau à son chef d’oeuvre. Sur un long ballon, Vachoux se troue une nouvelle fois et il n’y a plus personne entre le ballon et le but. Il n’y avait que lui, qui avait tout anticipé, et qui va glisser délicatement son meilleur ami au fond du but. S’ensuit une explosion de joie intense, où il indiquera lors de sa célébration que ça y est, le cauchemar est fini. Dijon s’est maintenu en Ligue 1 au terme d’une saison éprouvante. A la fin du match, interrogé par la télévision, il déclare alors que c’était son dernier match ici, dans son jardin, à Gaston Gérard. Il a pris la décision de partir, et cela restera donc sa dernière image à Dijon. Un cadeau d’au revoir comme peu de joueurs sont capables d’offrir pour leur dernière. Un cadeau à la hauteur de l’homme, très grand.

Sa dernière photo prise à Dijon. Une célébration qui restera dans l’histoire du club, malgré le temps qui passera. La marque des grands joueurs, tout simplement

Car au-delà du joueur, il y a aussi un homme. Et tout ceux ayant eu la chance de le côtoyer rappellent toujours son extrême humilité, sa gentillesse, sa disponibilité, cette joie de vivre et cet amour pour la discrétion. Ce n’est pas un homme qui vit de bling-bling, de lumières braquées sur lui. Il vit pour sa passion, ses proches. Les sorties dans les grandes boîtes de nuit, très peu pour lui. Fréquemment, certains l’ont aperçu en vélo près du port du canal. En toute simplicité. Pour un joueur au talent footballistique hors du commun, il est courant de perdre les pédales et de se créer une personnalité artificielle pour faire plaisir à son public et à ses fans. Pas lui. Il est resté cet enfant de Marseille amoureux du ballon rond, simple et humble, et qui a su accomplir son rêve de jeunesse. Aujourd’hui, il a pris la décision de rejoindre Ettifaq en Arabie Saoudite pour 3 années et tout cela sans avoir eu à pleurer dans les médias. Son choix en a surpris plus d’un, qui l’accusaient de suite de ne penser qu’à l’argent au détriment de sa carrière sportive, ce qui est faux. Ceux qui le connaissent savent le pourquoi du comment, et il faut que les gens respectent ça. Naïm Sliti est un joueur hors du commun, une étoile filante qui a brillé durant deux saisons dans la capitale de la Bourgogne. Il a indubitablement marqué de son empreinte l’histoire du Dijon Football Côte d’Or, et y laisse un souvenir impérissable. Du joueur à l’homme, rien ne sera oublié et c’est par la grande porte qu’il s’en va aujourd’hui sous d’autres cieux. Cette grande porte, elle lui sera toujours ouverte s’il souhaite revenir.

A toi Naïm Sliti, enfant de Marseille, devenu Prince de Tunisie et désormais Duc de Bourgogne ad vitam aeternam, je dis hourra. Et merci pour tout. Cette terre sera toujours la tienne, pour toujours.

Son dernier coup d’éclat à Dijon. Si les yeux piquent et les larmes coulent, c’est normal

Aurel

Salut, oui c'est moi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page